Activite physique et sedentarité : évolution des comportements pendant le confinement

Mars-mai 2020

Contexte

L’émergence de la COVID19 (Coronavirus) fin 2019 en Chine continentale a provoqué en quelques semaines une pandémie mondiale officiellement déclarée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le 11 mars 2020. En France métropolitaine, les trois premiers cas de COVID19 ont été diagnostiqués le 24 janvier 2020 et l’épidémie a atteint le stade 3 (correspondant à la libre circulation du virus sur le territoire national) le 14 mars. Cela a conduit à la décision officielle de fermer, au niveau national, tous les espaces et lieux publics qui n’étaient pas essentiels à «la subsistance de la population». Cette stratégie a très rapidement conduit à un confinement de la population afin d’arrêter la propagation exponentielle du coronavirus, et de réduire autant que possible, le nombre de personnes touchées ainsi que la mortalité potentielle liée à ce virus, en particulier pour les plus vulnérables. Ce confinement a impliqué la restriction des déplacements à ceux strictement nécessaires, favorisant par conséquent l’inactivité physique et les comportements sédentaires, qui en plus de leur impact sur la santé physique et métabolique des individus (Zhao et al., 2020), sont fortement associés à la dépression, à l’anxiété, au stress et au bienêtre général (Netz, 2017; Omorou et al., 2016; Stubbset al., 2018).

Les études menées en population générale indiquent qu’avant le confinement, 1 adulte sur 3 n’atteignait pas les recommandations d’activité physique (Esteban, 2017 ; INCA 3, 2017). Chez les adolescents(1117ans), seul 1sur3 atteignait les recommandations, alors qu’1 sur 2 avait un niveau d’activité physique considéré comme faible. Environ 30% des enfants de 6à 10 ans ne pratiquaient pas de jeux de plein air au moins un jour par semaine les jours d’école (INCA 3, 2017). Par ailleurs, la durée moyenne passée devant un écran par les enfants et les adolescents, utilisée comme un indicateur des comportements sédentaires, se situait entre 3et 4heures par jour, augmentant progressivement avec l’âge et était presque doublée les jours sans école par rapport aux jours avec école (Esteban, 2017 ; INCA 3, 2017). Au total, 81%des garçons et 73% des filles de 617ans passaient 2heures ou plus devant un écran chaque jour, soit audelà des recommandations(Esteban, 2017).

Si ces données nationales étaient alarmantes avant le confinement lié à la COVID19, cette situation pandémique nous a réellement amené à nous questionner sur les comportements, qu’ils soient ou pas actifs et/ou sédentaires, de la population française pendant cette période si particulière. Dans ce contexte, l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité (Onaps), a réuni des experts nationaux dans le domaine de l’activité physique et de la santé, pour élaborer une enquête adaptée questionnant l’impact réel du confinement induit par la pandémie du coronavirus sur le niveau d’activité physique et les comportements sédentaires de la population générale. Cette enquête avait pour but d’identifier et comprendre ces impacts et leurs conséquences, et de proposer des recommandations efficaces et adaptées pour la phase de déconfinement et un éventuel nouveau confinement (Thivel et al., en révision).

 Méthodologie générale

L’Onaps, en étroite collaboration avec le ministère chargé des Sports, a réuni un comité d’experts dont le but était de déterminer, au niveau national, des indicateursclés pour identifier, comprendre et évaluer les changements induits par ce confinement sur l’activité physique et la sédentarité de la population.
Trois questionnaires différents suivant la même structure interne ont été élaborés et composés pour l’enquête : i) enfants (6 à 10 ans) ; ii) adolescents (1117 ans) et ; iii) adultes (18 ans et plus). Pour l’analyse de l’enquête, les adultes ont ensuite été séparés en deux catégories, les adultes de 18 à 64 ans et les adultes de 65 anset plus(séniors). Les questionnaires et leur méthodologie ont été adaptés et inspirés des questionnaires IPAQ (Craig et al.,2003)et ONAPSPAQ(Charles et al., soumis)chez les adultes et de l’enquête YRBSS (YouthRisk Behavior Surveillance System) chez les enfants et les adolescents (Guedes & Lopes, 2010). Un quatrième questionnaire à destination des enfants âgés de moinsde 6 ans a également été créé sur une base différente des trois premiers afin de s’adapter à la population cible. Les questionnaires ont été diffusés entre le 30 mars et le 2 mai 2020.
L’enquête a permis de recueillir des informations sur la localisation géographique, les caractéristiques sociofamiliales et l’état de santé des participants avant de couvrir les principales dimensions que sont le niveau d’activité physique, le temps passé assis et le temps passé devant les écrans. Ces questionnaires portaient non seulement sur ces comportements pendant le confinement, mais aussi sur l’augmentation ou la diminution du temps consacré par les participants aux activités physiques et aux comportements sédentaires par rapport à leurs habitudes d’avant confinement. Plus précisément, les participants ont été invités à déclarer leur activité physique et leurs habitudes sédentaires, ou celles de leurs enfants, au moment du confinement (lorsqu’ils ont rempli les questionnaires) et aussi, rétrospectivement, leurs pratiques avant le confinement. Les parents ont été invités à remplir les questionnaires pour leurs enfants de moins de 10 ans.
Pour le niveau d’activité physique, les recommandations ont été utilisées pour définir le profil actif ou inactif des participants. Pour les enfants et les adolescents, le seuil de 5h30 a été choisi pour définir un profil actif car le questionnaire ne proposait pas de durée allant audelà de ce seuil. Pour les adultes, le seuil de 2h30 a été utilisé, correspondant aux recommandations de 150 min par semaine. Pour le temps passé assis, comme il n’existe pas de recommandations consensuelles, un seuil de 6 heures par jour a été fixé pour distinguer la population sédentaire des nonsédentaires avant le confinement, que ce soit pour les enfants, les adolescents, les adultes ou les séniors. Enfin pour le temps d’écran, les recommandations ont aussi servi de seuil pour les enfants et les adolescents (2 heures par jour). Pour les adultes et les séniors, le seuil arbitraire de 6 heures par jour a été choisi.
Concernant le questionnaire à destination des moins de 6 ans, l’objectif n’était pas de déterminer précisément la durée de pratique de l’activité physique, des temps d’écrans ou de sommeil, mais d’identifier les changements potentiels de comportements dus au confinement. Comme l’activité physique est difficile à définir et à identifier chez les jeunes enfants, les parents ont été interrogés sur le temps qu’ont passé leurs enfants à des jeux actifs (c’est à dire des activités de jeu où l’enfant bouge).De manière plus spécifique pour cette tranche d’âge, le développement de cette enquête s’est inspiré d’un questionnaire récemment développé (en cours de validation) chez les jeunes enfants au regard du manque de questionnaires validés pour évaluer les comportements des jeunes enfants (niveau d’activité physique, comportements sédentaires et sommeil). Le questionnaire dont nous nous sommes inspirés traite notamment des temps d’activité physique des enfants lorsqu’ils évoluent dans des établissements autres que leur domicile familial, de leurs activités physiques au sein de leur domicile familial et des activités qu’ils effectuent au sein d’un club ou d’une association. De plus, le questionnaire demandait aux parents d’indiquer s’ils travaillaient à domicile en raison du confinement et s’ils pensaient que cela aurait pu avoir un impact sur les activités physiques et les comportements sédentaires de leurs enfants.
Ce travail a reçu l’accord éthique des autorités compétentes (CPP Sud est VI. référence 2020 /CE 27).
L’équipe de biostatistiques de la Direction de la Recherche Clinique et de l’Innovation (DRCI) du CHU de Clermont-Ferrand, partenaire de l’Onaps, a réalisé les analyses statistiques des résultats de cette enquête.
Au total, 28400 personnes ont répondu à l’enquête pour un total de 22 895 questionnaires entièrement et correctement complétés, toutes tranches d’âge confondues(Figure 1).

Figure 1 – Tour d’horizon des répondants